GABON : Nos biens mal acquis en France




En 2007, l'ONG Transparency international dépose une plainte. Elle soupçonne la famille BONGO d'avoir bénéficié d'un patrimoine immobilier frauduleusement acheté en France par feu Omar BONGO lorsqu'il était président du Gabon. Les enquêteurs découvrent effectivement plusieurs appartements, 21 à Paris et 7 à Nice. Des « biens d'exception » comme les appellent les agents immobiliers. Ceux de la capitale sont tous situés dans le « triangle d'or », entre les Champs Élysées et le quartier latin. Des hôtels particuliers haussmanniens de plusieurs centaines de mètres carrés, évalués par les enquêteurs à 85 millions d’euros. Ainsi déclenche l’affaire dite des " biens mal acquis".


Les élus communistes de la ville de Paris ont déclaré vouloir transformer les « biens mal acquis » de la dynastie BONGO en France en logements sociaux. La proposition a fait réagir jusqu’à Libreville. Une proposition qui a interpellé le pouvoir gabonais. Le ministre de l'Économie et des participations du gouvernement de transition, Mays Mouissi, a immédiatement réagi sur X (ex-Twitter). « À quel titre des biens supposés mal acquis au détriment du peuple gabonais deviendraient la propriété de la ville de Paris au point qu'il soit envisagé de les transformer en logements sociaux, sans même en référer aux autorités gabonaises ? », a-t-il avancé.

Dans un arrêt de février 2022, la Cour d’appel de Paris déclare que ces propriétés ont été acquises avec « de l'argent issu de détournements de fonds publics » et de la « corruption des sociétés pétrolières, notamment Elf Aquitaine, aujourd'hui Total Énergies ».

Avant, les recettes liées à la vente des biens mal acquis tombaient directement dans les caisses de l'État français. Mais, depuis une loi de 2022, elles doivent être restituées aux populations de l’État d’origine des fonds. Légalement, les biens mal acquis de la dynastie BONGO en France doivent donc obligatoirement être restitués à l’État gabonais.

Concrètement, une fois que les biens sont définitivement confisqués, ils sont vendus et l'argent récolté arrive sur un programme budgétaire du ministère des Affaires étrangères. Mais l'argent n'est pas directement versé à l'État d'origine des fonds. Il est utilisé sous la forme de programmes d'aide au développement : construction d'écoles, d'infrastructures, d'hôpitaux. Le tout est décidé d'un commun accord entre la France et l’État d’origine des fonds.

Mis en examen en mars 2022 par le juge Dominique Blanc Grâce, Betty, Arthur et Hermine BONGO ont tous contesté avoir eu connaissance du caractère frauduleux de la fortune de leur père, figure incontournable de la Françafrique, ce système post-colonial mêlant diplomatie secrète, contrats juteux et rétro-commissions.

Pascaline BONGO (ancienne directrice de cabinet de son défunt père), Omar Denis Jr BONGO (également petit-fils du président congolais Denis SASSOU-NGUESSO), Jeanne et Joseph MATOUA, enfants d’Omar BONGO avec Patricia Thérèse MATOUA, ont quant à eux été mis en examen en juillet 2022, notamment pour « recel de détournement de fonds publics ». Il s’agissait alors du dernier acte connu du dossier tentaculaire dit des « biens mal acquis », instruit depuis la fin 2022 par le juge Serge TOURNAIRE et visant également les familles de Denis SASSOU-NGUESSO et Teodoro OBIANG NGUEMA, présidents respectifs du Congo-Brazzaville et de la Guinée équatoriale.

En plus des enfants BONGO, une quinzaine d’autres personnes physiques sont poursuivies, dont plusieurs ressortissants français parmi lesquels un avocat, un notaire, une gérante de société civile immobilière ainsi que la BNP Paribas, mise en examen en mai 2021 pour le blanchiment d’« au moins 35 millions d’euros ».


GABON INTERNATIONAL

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