GABON : UN AVIS SUR LA MER DE CHINE MÉRIDIONALE


Taïwan a organisé le samedi dernier une élection présidentielle dont l'enjeu est son avenir. Au centre du débat se trouve une question qui enflamme la politique taïwanaise depuis des décennies : la revendication de la Chine sur le continent.

Répondant à une question posée par un journaliste Chinois à savoir :

- Les élections dans la région Chinoise de Taïwan ont eu lieu le samedi 13 janvier dernier. Quelle est la position du Gabon sur les résultats de ces élections et sur la situation de Taïwan ?

M. Michel Régis ONANGA M. NDIAYE, Ministre des Affaires Étrangères Chargé de l'Intégration Sous-Régionale et des Gabonais de l'Étranger déclare ce qui suit :

<< Les relations entre la République Gabonaise et la République Populaire de Chine sont vielles de plusieurs décennies, et à cet effet, la partie Gabonaise réitère son attachement ferme au principe d'une seule Chine, s'oppose à tout propos ou actes portant atteinte à la souveraineté et à l'intégrité territoriale de la Chine et soutient fermement les efforts du gouvernement Chinois pour réaliser de la réunification du pays.>>.

L’Asie du Sud-Est, au niveau de la mer de Chine méridionale, est composée de milliers d’îles souvent inhabitées qui n’ont, pour la plupart d’entre elles fait l’objet d’aucune appropriation étatique, probablement en raison de leur taille minuscule et de leur émersion à peine sensible. La mer de chine méridionale est, de par sa découpe cloisonnée, l’équivalent d’une Méditerranée extrême-orientale. Mais depuis les accords de Montego Bay et la redistribution des cartes concernant la juridiction des espaces marins, ces îles et ilots ont subitement pris une importance capitale et font l’objet de rivalités vives entre les États proches, et en particulier de la Chine.

La mer de Chine méridionale est une mer bordière composée de deux bassins. Elle est en effet limitée par le tropique du Cancer au nord, et au sud par les deux passages du détroit de Malacca et de Karimata, approximativement sur la ligne équatoriale, et formée de deux ensembles. D’une part le plateau de Sunda, compris entre le Vietnam, la péninsule malaise et Bornéo. Et d’autre part, le bassin dit de Chine du Sud, entre Taïwan, les Philippines et Sarawak-Brunei. L’un comme l’autre recèlent des récifs et ilots longtemps négligés mais qui, depuis l’adoption des conventions sur le droit de la mer (UNCLOS) de 1982, ont acquis une importance primordiale dans les relations internationales.

En effet, cette mer bordière a un intérêt immense pour la navigation maritime puisque, depuis le détroit de Malacca jusqu’à la Chine, y sont tracées par la nature les routes maritimes les plus courtes entre océans Indien et Pacifique.

Le 16 novembre 1973, l’ONU a adopté par son Assemblée Générale la Convention UNCLOS (United Nations Convention on the Law Of the Sea) et sa ratification en 1982 (traité de Kingston-Montego Bay). Cette convention, créant une Zone Économique Exclusive (ZEE) autour des États riverains, ne permet que le reliquat en mer de Chine méridionale d’un petit territoire de haute mer, situé entre les Paracels et les Spratleys. Cette convention aurait dû permettre un partage théorique des Paracels et des Spratleys :

- Quatre iles des Paracels à la Chine, une au Vietnam et une restant dans les eaux internationales. Cependant ce découpage des Paracels est en contradiction avec l’accord franco-chinois de 1887 qui était favorable à la Chine.

- Pour les Spratleys, le quadrant Nord-Est aurait dû être attribué aux Philippines et le quadrant Sud-Est à la Malaisie. Mais cinq États vont refuser ce partage théorique des Spratleys, et exercent des revendications, soit sur la totalité, soit sur une partie de ces iles. En effet, la Malaisie en réclame la partie méridionale, Brunei occupe déjà deux iles, les Philippines revendiquent les iles Nord-Orientales et le Vietnam revendique l’ensemble. De même, bien que la Chine ne soit pas éligible à la possession de ces ilots, elle fait valoir des droits historiques sur certains, situés soit dans la zone de haute mer, soit sur les ZEE attribuées en théorie aux États riverains. En effet, côté chinois, il n’existe pour les autorités de Pékin « qu’une seule Chine ».

La Chine a toujours souffert d’un handicap, elle est une nation mono-océanique, n’ayant accès qu’au Pacifique et étant de plus contrariée dans son désir d’expansion par les myriades d’iles lui faisant face. Réduire cette menace et lui ouvrir l’Océan mondial constitue le désir évident des autorités de Pékin.

Pour appuyer son expansion, Pékin compte d’abord sur le principe d’antériorité qui consiste à faire valoir ses droits historiques sur tel ou tel archipel, au motif que des pêcheurs chinois auraient été les premiers à s’y intéresser ou que des cartes chinoises auraient été les premières à les mentionner. Dans les faits, la mer de Chine méridionale est au cœur d’un révisionnisme dans les relations internationales, entretenu par Pékin. Sur la base historique de la diffusion progressive des diasporas chinoises, depuis le Sud de l’Empire vers l’Asie du Sud-Est, dès les dynasties Tang et Song. La République Populaire de Chine justifie sa souveraineté par cette ancienneté.

Il y a une fameuse ligne en neuf traits, dix depuis quelques années, en incluant Taïwan. Cela est une récupération de l’histoire contemporaine. En pleine guerre civile chinoise, affrontement entre les troupes communistes et les troupes nationalistes, les nationalistes de Tchang Kaî-chek ont publié une cartographie du bassin maritime de la mer de Chine du Sud, délimitant la souveraineté de la Chine face à la présence française en Indochine notamment. Cette carte date de 1947.

À l’arrivée au pouvoir de Mao Zedong en 1949, le Parti communiste chinois reprendra cette carte et ses délimitations autant que ses modalités. À savoir, une ligne en tirets, neuf précisément. Cette forme de délimitation sera toujours utile à Pékin pour instrumentaliser le flou sur la réelle délimitation. Entre deux tirets, le flou de localisation est éloquent. Plus tard, le régime conservera et augmentera cette délimitation en tirets afin d’asseoir ses velléités de souveraineté, considérant Taïwan comme appartenant à la Chine populaire.

Depuis plusieurs décennies, un grand nombre d’iles, ilots et atolls font l’objet de revendications territoriales par les pays côtiers riverains. La délimitation en neuf ou dix traits vient empiéter sur la souveraineté de la quasi-totalité du voisinage sud-est asiatique de Pékin (Vietnam, Philippines, Brunei, Malaisie, Indonésie), en plus de Taïwan. Malgré diverses instances internationales et organisations régionales, à l’instar de l’ASEAN, il n’y a jamais eu d’apaisement dans les tensions. Le poids diplomatique, économique et militaire est tel, que les riverains ne peuvent ni se coordonner, ni agir seuls pour contenir les ambitions chinoises. Aussi, la puissance américaine a entretenu une posture n’engageant pas la force. Le recours à ce qui est désormais une conduite par l’administration américaine depuis Barack Obama, dite de « passage inoffensif » et de liberté de navigation signale à Pékin un rappel du droit international. En ce sens, plusieurs marines (américaine, japonaise, indienne, australienne, française, etc.) conduisent des exercices communs, des passages dans la zone. C’est à ce stade une manière de contenir et de surveiller les activités chinoises, mais en rien de diminuer le risque d’escalade, ce que Pékin cherche de manière accrue, y compris autour de Taïwan.



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