LE RETOUR DU RELIGIEUX DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES

Face aux limites économiques de la mondialisation, et en réaction au sentiment d’insécurité culturelle, le modèle démocratique libéral classique se voit concurrencer par le regain des nationalisme. Les rapports entre le politique et le religieux se redessinent alors et des partenariats entre acteurs politiques et acteurs religieux se tissent.


Plusieurs évolutions apparemment confinées à des cultures et des sociétés spécifiques ont émergé sur la scène internationale, au tournant des années 1980. Plusieurs évènements importants dans les relations internationales, que l’on peut qualifier de bifurcations ou turning points. En 1978, l’élection de Jean-Paul II puis le soutien du Saint-Siège à l’opposition au régime polonais et aux régimes en manque de démocratie libérale en Afrique subsaharienne, la Révolution iranienne (prise de pouvoir de Khomeiny), la prise d’otage à la Mecque, la guerre en Afghanistan et il y a aussi la tragédie du 11 septembre qui font partis des évènements ayant modifié le comportement de la scène internationale et ont redonné aux religions, comme acteurs et facteurs des relations internationales, un poids qui était sous-estimé.

Une nouvelle configuration émerge qui témoigne d’un réajustement entre le politique et le religieux, ce dernier couvrant un très grand spectre de mouvements, et ce de manière mondiale. La présence globale des acteurs religieux l’est dans un sens d’abord géographique, puisqu’elle n’est pas confinée à une région particulière du globe. Parce que si on l’intègre à une approche comparée des religions, il apparaît que cette pertinence renouvelée des acteurs religieux survient dans des pays qui relèvent de systèmes politiques différents, et émerge dans chacune des grandes religions, islam, christianisme, hindouisme et judaïsme notamment. Cette résurgence des aspects culturels et religieux prend également place dans des pays qui ont des traditions culturelles multiples et dans des pays qui ont surtout des niveaux de développement économique différents. Ainsi, l’Arabie saoudite, la Corée du Sud, la Malaisie, l’Inde et la Turquie sont concernées, tout autant que des États-Unis.

La globalisation a changé le paysage religieux à travers le monde. Première évolution, les religions ne sont plus organisées en blocs statiques et monolithiques, des changements sociaux et religieux ont surgi dans le monde musulman, qui ont produit une plus grande diversité d’acteurs musulmans non étatiques. Au sein même du monde catholique, on perçoit bien les multiples fractures et les réarticulassions entre le politique et le religieux en son sein. Les discours répétitifs du Pape en faveur des migrants rencontrent une hostilité majeure dans les pays occidentaux, où le vote catholique pencherait en faveur de Trump, Zemmour et Le Pen, ou Orbàn.

Seconde tendance lourde, il y a désormais un large spectre de nouveaux mouvements religieux, de la secte Falun Gong aux mouvements évangéliques et pentecôtistes. Ces mouvements restructurent le paysage mondial tant sur les plans politique, culturel que religieux au sein desquels acteurs étatiques et non étatiques évoluent. Le christianisme, par exemple, est transformé dans son architecture interne et son implantation géographique par le réveil pentecôtiste qui intervient en Chine, en Corée, en Thaïlande ou au Vietnam tout comme en Afrique ou en Amérique latine, et a des implications politiques.

Un autre aspect de cet effet de la globalisation sur les diasporas religieuses est leur renversement de perspective. L’épopée missionnaire s’inverse, elle  devient un phénomène Sud-Nord, avec une grande variété de groupes bouddhistes, hindous, chrétiens et musulmans. L’endogène et l’exogène disparaissent, l’exotique également, on vit de plus en plus dans un environnement peuplé d’une variété de synagogues, de temples, de mosquées ou d’églises, significatifs de la diversité d’origine des personnes.

Ces mutations affectent l’articulation globale du religieux et du politique. Au niveau étatique, le religieux apparaît dans des segments de nombreuses diplomaties étatiques, dans le cadre du soft power, mais émerge également comme principe restructurant de la vie politique et de la conquête du pouvoir.




GABON INTERNATIONAL


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