LIBREVILLE-MALABO : POUR APAISER LES TENSIONS

AU jeu de la diplomatie africaine, on ne gagne pas obligatoirement — en tout cas, on ne gagne pas toujours du premier coup : la conférence qui s’était déroulée à Kinshasa, à l’initiative du feu commandant Marien NGOUABI, président de la République populaire du Congo, et du feu général MOBUTU, chef d’État du Zaïre, pour réconcilier feu Francisco Macias NGUEMA, président de la Guinée-Équatoriale, et feu Albert-Bernard BONGO, président de la République gabonaise, s’est achevée sur un constat d’échec.

En effet, la Guinée-Équatoriale et le Gabon ont un différend qui porte en réalité sur quelques arpents de sable. Les deux États se disputent la possession des îles Mbane et des Cocotiers, situées entre les îles de Corisco et Elobey. Il faut préciser que la frontière entre le Gabon et la Guinée équatoriale est maritime et terrestre, au nord-ouest du Gabon.

Des tensions existent entre le Gabon et la Guinée-équatoriale concernant la possession des îles de Mbanié, Cocotier et l'îlot Conga, situés dans la baie de Corisco. Les eaux territoriales correspondantes seraient riches en hydrocarbures. Un médiateur international avait été nommé en septembre 2008 par le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, en vue de régler ce conflit. En avril 2021, un communiqué du ministère des Affaires étrangères gabonais paru confirme que la CIJ a entamé une procédure.

Pour l’idéologie et les relations extérieures, il est évident que les deux pays ne se trouvent pas sur la même ligne. Depuis son accession à l’indépendance, la Guinée-équatoriale, sous la houlette de  feu Francisco Macias NGUEMA, a évolué vers un socialisme radical, se tournant vers les pays de l’Est dont le soutien, qu’il vienne de Moscou ou de Pékin, n’était pas négligeable et recherchait des partenaires africains dans le clan progressiste. Le Gabon, dans le même temps, « est entré dans le concert des nations, sans heurte, dans la paix, simplement parce qu’il en avait exprimé la volonté et que des hommes avaient eu assez de sagesse pour comprendre que cette volonté était juste et irréversible » et sans avoir eu « à payer le prix du sang » ; ce faisant, il a conservé l’amitié de la France et lié des relations cordiales avec les nations « occidentales » tout en se tenant prudemment à distance des pays à direction communiste ; en Afrique il a toujours pratiqué la politique du dialogue et se situe dans le camp des modérés.

C’est dans cet élan de la politique du dialogue et partisans des modérés que le Président de la transition gabonaise le Général Brice OLIGUI NGUEMA a effectué sa première visite officielle à l’étranger en Guinée-Équatoriale pays frère. Il a montré qu’il prenait ce voyage très au sérieux. Il s’est déplacé avec cinq ministres, son secrétaire général, des membres de son cabinet et la présidente du Sénat. « C’est un pays frère. Le président équato-guinéen est le doyen de la sous-région, il faut rendre hommage et écouter ses conseils », indique Télesphore OBAME NGOMO. Ce dernier, porte-parole de la présidence, explique que les deux chefs d’État se sont vus en tête-à-tête pendant plus d’une heure. Séance durant laquelle le général gabonais a voulu présenter le nouveau pouvoir et expliquer la situation du pays.

Une pédagogie nécessaire alors que l’organisation régionale CEEAC, présidée par Malabo, a suspendu le Gabon après le putsch. « Nous devons rassurer nos partenaires, donner la bonne information, expliquer les causes. Il y a eu d’autres coups d’État en Afrique, mais le contexte gabonais est différent, la situation est revenue à la normale très rapidement », indique Télesphore OBAME NGOMO, ajoutant que Libreville compte sur son voisin pour passer le message dans la région et obtenir la levée des sanctions. 

Le choix de Malabo comme première destination n’est pas anodin, alors qu’en leur temps, Omar et Ali BONGO s’étaient rendus en France et en Chine. « Si on décide de gouverner différemment, c’est normal. Certains pays occidentaux n’ont pas salué le changement de pouvoir. Ça aurait été imprudent d’aller les consulter en priorité », indique le porte-parole de la présidence.

Se déroulant dans un climat de tensions diplomatiques larvées entre les deux pays voisins, cette première visite à l’étranger du nouvel homme fort de Libreville est donc cruciale pour apaiser les relations avec le président Teodoro OBIANG NGUEMA.

Cette visite revêt une importance symbolique pour le Président de la Transition, le Général OLIGUI NGUEMA, qui doit asseoir sa légitimité sur la scène internationale et régionale. Elle marque également le début du réchauffement des relations diplomatiques entre le Gabon et la Guinée-Équatoriale, deux pays voisins entretenant des rapports un peu confus ces dernières semaines.

La rencontre entre les deux Chefs d’État visait naturellement à apaiser les relations entre Libreville et Malabo et à ouvrir une nouvelle ère de coopération bilatérale. Même si le contexte diplomatique fragile a eu à peser sur les discussions, les deux chefs d’État ont évoqué le renforcement de la coopération bilatérale, notamment dans les domaines sécuritaires, économique et énergétique.




GABON INTERNATIONAL


Commentaires

  1. Article très édifiant pour la compréhension du soft power gabonais dans les relations avec ses voisins

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  2. Un vrai soft power en Afrique centrale. Le Gabon est un modèle... 👏

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  3. Une très bonne coopération bilatérale

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