Depuis une trentaine d’années environ, le fait religieux, sous ses formes sociales, culturelles et politiques a semblé faire un retour fracassant dans l’actualité mondiale. Le regain d’intérêt pour le fait religieux dans l’espace international a principalement trouvé sa source dans le réveil de la violence à motivation religieuse, lié à l’expansion du terrorisme islamiste. Cependant, l’influence des religions dans le monde ne se résume pas à la violence, bien au contraire.
Comme leur vitalité démographique est saisissante et que leurs propositions de sens continuent d’inspirer durablement nombre de nos contemporains sur toute l’étendue du globe, il faut admettre l’idée que, loin de décliner irrémédiablement selon les analyses dépassées des premières théories de la sécularisation, les mouvements religieux sont devenus progressivement des acteurs transnationaux incontournables.
La violence comme répertoire d’action religieuse face à un pouvoir considéré comme mauvais ou injuste n’est pourtant pas un fait nouveau. Elle n’a jamais déserté l’histoire, même au 20ème siècle. La violence religieusement motivée a parfois même été portée comme une nécessité révolutionnaire et elle a été, par exemple, justifiée par la théologie catholique de la libération dans l’Amérique latine à partir des années 1960.

La politique de guerre menée par les États aujourd’hui a donc potentiellement des motivations religieuses, d’autant plus qu’elles s’enracinent et s’entremêlent à l’imaginaire national, et la guerre russo-ukrainienne nous en a donné un exemple édifiant, où la foi chrétienne sert en même temps de justification à la moralité de l’agression russe et à celle de la défense du territoire ukrainien. Dans la perpétuation de la conflictualité israélo-palestinienne qui a viré au cauchemar, la réification religieuse des territoires et des populations a fini d’alimenter une haine irréductible qui justifie aisément le blocage de toute issue raisonnable et diplomatique.
La scène internationale, comme du reste la scène nationale, connaît maintenant une pluralité d’acteurs. Dans ce schéma, les représentants des religions ont toute leur place dans la fabrication de la norme internationale. Les exemples abondent dans le temps récent. La conférence internationale de l’ONU sur la population au Caire en 1994 a été l’occasion d’une coalition entre l’État du Vatican alors observateur, les États catholiques et musulmans avec le soutien de centaines d’ONG confessionnelles, dans une initiative contre les politiques volontaires de limitation des naissances par la promotion contraceptive.
Mais la contribution des acteurs religieux à la promotion et l’intégration des valeurs qui sous-tendent ne s’arrête pas là. De la défense des biens communs de l’humanité devant être élevés au rang de nouveaux droits de l’homme, jusqu’à la lutte pour le désarmement général et inconditionnel, pour le contrôle des marchés, traque des trafics humains et la fin de l’esclavage, ou la condamnation des violences sexuelles comme arme dans les conflits, les luttes portées par les différentes religions sur le plan international en constituent aujourd’hui un des aspects majeurs.
Enfin, l’intervention religieuse se révèle dans le souci du règlement de certains conflits interétatiques ou intra-étatiques par l’usage de deux instruments distinct (le secours humanitaire et la pratique de la médiation). Les Églises chrétiennes ont de ce point de vue une longue tradition, avec des mouvements comme Caritas ou l’œuvre d’Orient du côté catholique.
GABON INTERNATIONAL
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