LE DYNAMIQUE DÉMOGRAPHIQUE DES RELIGIONS AU GABON

En perpétuel mouvement, la géographie mondiale des religions évolue sous l’influence des dynamiques démographiques. Le poids de chaque religion dans le monde évolue surtout en fonction des filiations religieuses et, beaucoup plus facilement, selon les changements ou abandon de religion par des personnes ou leurs descendants.

L’Afrique comptait moins de 10 millions de chrétiens au début du 21ème siècle, elle en compte aujourd’hui, selon le Centre d’Étude sur le Christianisme Mondial, plus que tout autre continent, soit plus de 650 millions de personnes. Ce continent dont la religiosité était surtout animiste s’est largement converti aux deux principales religions, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il ait abandonné certaines pratiques ou coutumes animistes qui peuvent continuer à imprégner la religiosité devenue à dominante chrétienne ou islamique.

Avec une croissance démographique qui serait deux fois plus rapide que celle d’Asie du Sud, l’Afrique et certains de ses pays en particulier sont qualifiés de bombe démographique. Cependant, le recensement dans la plupart des pays d’Afrique ne comporte pas de question sur la religion. Depuis les années 1960, et surtout à partir des années 2000 – 2010, les pays africains émettent la prise en compte de la diversification croissante de l’offre religieuse. Mais cela concerne essentiellement le christianisme. Les catholiques notifient le protestantisme (adventiste, méthodiste, pentecôtiste, etc.). En revanche, l’islam ne fait quasiment jamais l’objet de distinctions entre ses diverses mouvances. Ce qui peut donner l’impression que l’islam constitue un bloc uni face à des Églises éclatées, notamment au sein du protestantisme.

Quant aux athées, ils sont quasi invisible statistiquement, puisque le terme n’est presque jamais utilisé. Les adeptes des religions traditionnelles ou animistes ne sont pas pris en compte dans tous les recensements, il arrive même qu’ils soient inclus dans les sans religion.

Selon les estimations du Pew Research Center en 2020, à l’échelle de l’ensemble des pays africains, les chrétiens seraient légèrement majoritaires (51%), suivis des musulmans (43%), les religions traditionnelles et les sans religion ne concernant à parts égales que 6% de la population. L’Afrique du Nord est quasi exclusivement musulmane, ainsi que quelques pays sahéliens tels que la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, le Niger et la Somalie. C’est en Afrique centrale et australe que le christianisme est le plus répandu, dans une moindre mesure en Afrique de l’Est, où co-existent des religions asiatiques qui certes demeurent minoritaires, à l’exception de Maurice avec 48% d’hindous.  Les pays ouest-africains côtiers présentent des paysages religieux plus diversifiés, avec trois pays où aucune religion n’est majoritaire (Guinée-Bissau, Côte d’Ivoire et Togo), la part des religions traditionnelles se situe entre 30% et 37%, elles sont pratiquées par une grande partie de la population villageoise, souvent en même temps que l’islam et le catholicisme.

L’Église catholique au Gabon occupe depuis l’époque missionnaire (même si les premières missions furent protestantes) une place équivalente à une véritable religion d’État eu égard à l’influence de son clergé dans la formation des élites et de son calendrier liturgique sur les activités administratives. Mais les conversions à l’islam du président El Hadji Omar Bongo, (au pouvoir de 1967 à 2009) et de certaines autres personnalités de son régime politique (ex. son fils Ali Bongo, au pouvoir de 2009 à 2023) confèrent à cette religion depuis quelque temps une grande visibilité dans l’espace public. La population étrangère migrante, pour la plupart d’origine africaine, évaluée à un peu plus de deux cent mille individus, soit près de 15 % de la population, est majoritairement musulmane (Maliens et Sénégalais).

Une analyse récente des liens entre religion et fécondité au Gabon révèle que les femmes se déclarant de religions traditionnelles ou musulmanes ont, dans la majorité des cas, plus d’enfants que les chrétiennes. Il serait cependant trompeur d’associer l’intégralité de ces différences de fécondité à l’appartenance religieuse en elle-même. Car, une autre analyse au Gabon révèle que dans la plupart de ces situation, l’effet du niveau d’instruction annule celui de la religion. Si les femmes chrétiennes font en moyenne moins d’enfants, c’est avant tout parce qu’elles sont généralement plus instruites. L’effet de l’éducation scolaire sur la fécondité est largement documenté, et pas seulement au Gabon. Mais si la fécondité est le facteur principal de l’augmentation tendancielle du poids démographique des musulmans en Afrique subsaharienne, elle ne permet pas d’expliquer l’importance grandissante des mouvements protestants et évangélique au sein de la population chrétienne d’une part, et la disparition progressive des religions traditionnelles d’autre part.








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